Saint-Laurent 400 : « Une chose merveilleuse que l’on attendait sur la scène nautique. »
Auteur Michel Sacco
La citation est de William Colish, le skipper du voilier Kathleen. « Il fallait que quelqu’un le fasse et tout le monde pense à la prochaine édition » ajoute-t-il.
Il faut remonter au début des années 1990 pour retrouver la trace d’une épreuve amateur de course au large qui ait mis le cap sur les îles de la Madeleine à partir de Québec. On doit aux administrateurs de la jeune organisation Plaisanciers du Saint-Laurent le mérite d’avoir rallumé une flamme éteinte depuis plus de 30 ans.
La première édition de Saint-Laurent 400 a été plus qu’un succès. Il suffit d’écouter les commentaires dithyrambiques de tous les participants pour s’en convaincre. Le fait le plus marquant tient certainement au fait que les vingt-huit équipages présents sur la ligne de départ à Tadoussac formaient une communauté de navigateurs enthousiastes et solidaires, réunis dans une expérience que beaucoup ont vécu comme une aventure exceptionnelle. Ce n’est pas rien de le dire. Et c’est bien là le véritable succès des organisateurs que d’avoir réussi à mettre sur pied un événement aussi rassembleur et orchestré de façon quasi-professionnelle.
Dans la petite histoire de la navigation laurentienne, c’est peut-être là un moment clé, une étape vers une nouvelle phase de promotion et de développement de la course et de la croisière à voile dans le fleuve et le golfe du Saint-Laurent. Un mouvement propulsé par une jeune génération de navigateurs qui ont envie de faire bouger les choses.
Plaisanciers du Saint-Laurent (PSL) a allumé la mèche à l’été 2020 avec le premier Rallye-Croisière qui rassemblait une flottille d’une dizaine de voiliers entre Québec et Le Bic. En 2021, ce sont trente bateaux et une centaine de participants qui emboitaient le pas. Parmi les six administrateurs de l’organisation, on compte deux instructeurs de voile professionnels, Gaël Simon et Pierre-Olivier Hivon. Leur culture de la navigation et de la formation est l’un des fils conducteurs qui ont jeté les bases de ce que serait la Saint-Laurent 400 et dans quel esprit la course serait organisée.
« On cherchait à offrir une expérience différente » explique Pierre-Olivier. « Sortir du cadre formel des brevets de formation pour élargir la formule dans un événement plus rassembleur qui soit aussi un moment de festivité » ajoute le directeur général de PSL.
Alors est venue l’idée d’une course organisée en alternance avec le Rallye-Croisière. La destination finale vers les îles de la Madeleine avait de quoi faire rêver toutes celles et ceux qui n’avaient encore jamais osé s’aventurer dans les eaux du golfe, tandis que le parcours de 400 milles faisait plonger tout le monde dans l’univers de la course au large. Il y avait déjà là un séduisant parfum d’aventure.
« Promouvoir un nautisme durable et responsable »
La formulation des objectifs de PSL sonne un peu comme un slogan électoral, mais il faut avant tout la comprendre comme une volonté de former des navigateurs qui le resteront longtemps – objectif de rétention – et qui privilégieront la sécurité de leur équipage tout en se montrant respectueux de l’environnement laurentien – objectif de responsabilisation.
Ce double objectif constitue les fondements de la Saint-Laurent 400 et ce qui la distingue d’autres événements de course au large.
En matière d’expérience et de culture de la navigation à la voile, le Québec n’est encore qu’une jeune nation qui a encore beaucoup de chemin à parcourir et de grain à moudre. Une situation particulière qu’ont très bien compris les organisateurs de la course en proposant une série de six formations préalables.
« Toutes les formations (six en tout), imposées ou optionnelles, ont affiché complet » explique Gaël Simon, le président de Plaisanciers du Saint-Laurent. « Elles correspondent à un véritable besoin et l’on se rend compte que les gens sont prêts à consacrer du temps pour se préparer et se sentir en sécurité sur la ligne de départ. Pour certains, naviguer en aval de Québec est encore une barrière à franchir, tandis que d’autres n’ont jamais promené leur quille dans le golfe. Un bateau sur deux n’avait jamais participé à une course au large ni rejoint les îles de la Madeleine. Nous voulons décloisonner le nautisme, recruter de nouveaux participants, bâtir une pérennité de la pratique et entretenir l’existence d’une communauté » témoigne Gaël Simon qui résume ainsi la raison d’être de son organisation.
De solides exigences de sécurité
L’organisation d’une régate au large engage la responsabilité des promoteurs de l’événement. La sécurité des équipages figurait au sommet des priorités et nécessitait de se conformer à la Règlementation Spéciale Offshore (RSO) de catégorie 3 de World Sailing, également adoptée par Voile Canada. La RSO définit les normes minimales d’équipement et de sécurité pour les voiliers participant à des courses au large de niveau semi-hauturier. PSL a donc rédigé son propre règlement de sécurité en respect avec la réglementation RSO « établi selon les réalités de la navigation dans le golfe du Saint-Laurent ». Une démarche qui impliquait un gros mandat d’éducation dans la mesure ou tous les participants n’étaient pas au fait de la nature des exigences du RSO.
Pour être autorisé à prendre le départ, chaque concurrent devait donc se conformer à des normes qui stipulaient que la moitié de l’équipage devait avoir suivi une formation de survie au large et une formation d’urgence en mer (FUM) approuvée par Transports Canada dans les cinq années précédant le départ. Outre la liste obligatoire d’armement de sécurité exigé et vérifié avant le départ, chaque équipage avait l’obligation d’avoir pratiqué une manœuvre de récupération d’homme à la mer. Enfin, une procédure d’abandon du navire devait être incluse dans le briefing de sécurité avant le départ de la course.
Le départ devant Tadoussac se trouvant au cœur de l’habitat essentiel du béluga, tous les capitaines devaient présenter un certificat prouvant qu’ils avaient suivi la formation en ligne Naviguer dans l’habitat des baleines. L’encadrement et le respect de ces processus étaient garantis par un officiel de course certifié par Voile Canada en la personne de Cyrille Vittecoq. Le sérieux de l’organisation de course et son souci des moindres détails n’a pas échappé à l’ensemble des concurrents qui ont unanimement salué la démarche.
Des femmes à la barre
France Lévesque, propriétaire du C&C 29 Las Brisas et navigatrice expérimentée, fut l’une des premières inscrites de la Saint-Laurent 400. Elle mesure le chemin parcouru au fil du temps par les femmes skippers au sein d’un univers longtemps demeuré une chasse gardée masculine. « La présence des jeunes amène une énergie nouvelle, on sent un mouvement en devenir et la Coupe Femina a ouvert des portes » souligne-t-elle. France et son équipage ont été les témoins privilégiés de cette « énergie nouvelle » lorsque plus d’une centaine de participants sont venus leur donner une ovation sur la plage de la Grave à Havre-Aubert alors que leur voilier franchissait la ligne d’arrivée en fin de soirée, 4 minutes seulement avant le temps limite. Un moment magique. « On sentait une euphorie. Nous formions une communauté dans une rivalité saine et joyeuse. La Saint-Laurent 400 a rallié plusieurs types de navigateurs et je pense que ça va contribuer à ouvrir des portes et des esprits » témoigne-t-elle.
Il y a des portes qu’on ouvre et d’autres qu’on enfonce. C’est bien de cette façon qu’est apparu dans le paysage le personnage de Jasmine Pernot. Du haut de ses 17 ans, la jeune femme était bien entendu la plus jeune skipper de la course à bord du C&C 99 Prospector qu’elle avait loué pour l’occasion. Un tour de force pour celle qui n’était encore qu’une débutante du programme Femina Jeunesse trois années auparavant. Elle rend hommage à son mentor, l’instructeur Daniel Bérubé qui l’a accompagné dans sa démarche et offert une présence sécurisante à titre d’équipier embarqué. Jasmine n’en a pas moins dû surmonter le stress qui la tenaillait sur les pontons de Tadoussac avant le départ. « Je me suis retrouvé à faire des choses que je n’avais jamais faites auparavant, comme assister à une réunion des barreurs. Les autres skippers naviguaient déjà avant que je sois née! Et moi, j’étais là avec mon autorisation parentale en train de faire des trucs d’adultes…» Une troisième femme skipper participait à la course, Jennie Boutin, à la barre du Tanzer 31 Stella Maris.
Après un départ devancé dans la soirée du 5 août pour bénéficier d’un meilleur régime de vent, la première étape de la Course Voile Sansoucy a finalement dû être écourtée à Sainte-Anne-des-Monts. La flotte a transité ensuite vers Rivière-au-Renard où s’est déroulée la course poursuite Navanex.
La seconde manche, la Course Mustang Survival à destination de Havre-Aubert, a mis les nerfs des équipages à dure épreuve avec un golfe prenant des allures de miroir et plus de 50 heures de navigation pour les derniers classés.
La Saint-Laurent 400 sera bien évidemment de retour, mais les dates et le parcours reste à préciser. « Le parcours n’est pas définitif, tout est sur la table, on va tester les intérêts » explique Pierre-Olivier Hivon. Affaire à suive.
Je laisse à nouveau le dernier mot à William Colish qui lance un message pour les prochaines années : « Nous avons les bateaux, nous avons les marins, nous avons un plan d’eau exceptionnel et les organisateurs ont jeté de solides fondations. Il faut maintenant bâtir un réseau avec des entreprises pour assurer la pérennité du financement ».
Résultats cumulatifs
CLASSE EXCELLENCE
1 – Rubicon III- Alain Bergeron
2 – Tango- Jean-Denis Losier
3 – GravlaX – Gael Simon
4 – Vortex I – Alain Lefebvre
5 – Prospector – Jasmine Pernot
6 – Rumeur – Steve Desrosiers
7 – Inferno – Pierre Paquet
8 – My Pace – Pierre-Charles Drapeau
9 – Diapason – Harold Ouellon
10 – On l’fait! – Dominique Fayos
11 Amsterdam III – Louis Guillou
CLASSE PERFORMANCE
1 – Kathleen – William Colish
2 – Bête Noire – Erik Vasseur
3 – Engoulevent – Pierre Longtin
4 – Caribou 7 – Ian Wooden
5 – Blanchon – Jacques Dubois
6 – Zaatar – Antoine Brillant
CLASSE ENDURANCE
1 – Las Brisas – France Levesque
2 – Starfisher II – Mathieu Sarrasin Boudreau
3 – Bacchus II – François Bergeron
4 – Cabar Marc-André Belle-Isle
5 – Rébéca – Marc-André Bourdages
6 – Ulysse – Richard Fortin
7 – Garuda II – Nicolas Tremblay
8 – Stella Maris – Jennie Boutin
9 – Seas the day – Frederic Dubreuil
10 – Full house – Alexandre Schippers
11 – Idée Fixe 2 – Christophe Savary
12 – Grande Ourse – Gordon Duplain
Le détail des résultats sur https://stlaurent400.com


