Nautilo, une nouvelle application de navigation en ligne de l’OGSL
Auteur Michel Sacco
L’Observatoire Global du Saint-Laurent (OGSL), une organisation sans but lucratif mise sur pied en 2005, a pour vocation de rassembler des données scientifiques relatives à l’écosystème du Saint-Laurent provenant de diverses sources : instituts scientifiques fédéraux et provinciaux, établissements universitaires et groupes communautaires. L’OGSL collabore avec une cinquantaine d’organisations pour diffuser en accès libre sur son portail web une grande quantité d’informations scientifiques destinées à une variété d’intervenants, du grand public aux opérateurs spécialisés. On peut décrire l’OGSL comme un facilitateur d’accès de contenu scientifique à travers des applications qu’il s’est donné le mandat de développer.
L’OGSL publie un important catalogue de données biologiques et physiques ainsi que plusieurs outils de visualisation, dont celui qui intéresse plus particulièrement la communauté de navigateurs et récemment mis en ligne : Nautilo
Nautilo, un tableau de bord multifonctions
L’application en ligne Nautilo est un intégrateur qui fusionne une série de paramètres relatifs aux conditions maritimes et à des données de navigation pour les publier en ligne. L’appli réunit et regroupe sur un même site une mine d’informations utiles aux navigateurs, ce qui évite de passer d’un site à l’autre pour rechercher les données désirées. C’est à ce titre une application tout à fait unique en son genre, et ce d’autant plus qu’elle est accessible gratuitement.
Les données modélisées sont organisées en couches que l’utilisateur sélectionne selon ses besoins. On y retrouve force du vent et direction du vent, vélocité des rafales, hauteur des vagues, vitesse et direction des courants de surface, cartographie marine avec la bathymétrie, température, imagerie radar météo, et enfin les alertes météo.
Les informations relatives aux hauteurs d’eau sont répertoriées dans le menu Stations. En sélectionnant l’onglet Niveaux d’eau dans le menu, un pictogramme identifie sur la carte toutes les stations qui mesurent les hauteurs d’eau. Plusieurs informations se trouvent dupliquées à l’intérieur des menus Couches et Stations (vent, vagues, température de l’air). La différence tient au fait que les données provenant des stations sont des observations, alors que celles issues du menu Couches constituent des prévisions modélisées.
Deux aspects particuliers ont retenu mon attention : l’atlas des courants et les prévisions de vent. Nautilo utilise les données de prévision des courants récemment développées par Pêches et Océans dans le cadre du Plan de protection des océans du Canada. Ce nouvel atlas numérique des courants a nécessité six années de travail avant sa mise en fonction. Cet atlas est lui-même le résultat d’un couplage de modèles de prévision qui mesurent la circulation océanique, le débit d’eau douce, la pression atmosphérique, les températures de l’air et de l’eau, la salinité, les niveaux d’eau, le tout projeté sur une grille bathymétrique. Une grosse soupe de chiffres!
Des prévisions de courant de surface à échéance de 48 h sont produites chaque jour sur trois tronçons distincts du Saint-Laurent. Un modèle de prévision du débit d’eau douce des Grands Lacs à Trois-Rivières, un modèle avec une grille de résolution horizontale de 200 m entre Trois-Rivières et Les Escoumins et enfin un modèle avec une grille de résolution horizontale de 500 m pour le golfe du Saint-Laurent. Notez que le mandat de l’OGSL s’inscrit spécifiquement dans la zone géographique du système Saint-Laurent depuis les Grands Lacs jusqu’au détroit de Cabo qui marque la limite est du golfe.
J’avoue ne pas avoir testé ce nouveau atlas numérique en navigation, mais il n’en constitue pas moins un extraordinaire outil d’aide à la prise de décision pour la communauté des plaisanciers. Une grille de résolution de la courantométrie à une échelle de 200 m dans l’estuaire est presque stupéfiante pour un vieux navigateur comme moi. Il faut savoir que ce modèle de prévision a été conçu pour les besoins de la marine de commerce dans le cadre du développement du nouveau standard numérique hydrographique international appelé S100.
Ce modèle représente néanmoins un pas de géant par rapport à l’Atlas des courants de marée version papier initialement publié en 1990. Le fait que Nautilo permette désormais la géolocalisation à partir d’un appareil mobile permet aux navigateurs de connaître la modélisation de la direction et de la vélocité du courant en temps réel là où ils se trouvent et d’accéder aux prévisions sur ce même site pour les heures à venir en créant une station virtuelle d’un simple clic. La fluidité et la qualité du graphisme sont impeccables ce qui en fait une application que l’on peut qualifier de conviviale.
Nautilo est fonctionnel partout où le réseau mobile est accessible, soit sur la majeure partie de l’estuaire entre Québec et Rimouski. Il existe évidemment quelques trous hors couverture dans le Saguenay et en Gaspésie.
Les prévisions numériques de vent ont longtemps constitué le point faible de la prévision météorologique sur le Saint-Laurent en raison des multiples interactions thermiques causées par les masses topographiques du littoral et les différences de température en l’eau et la terre. Télécharger un fichier GRIB au large de Rimouski à partir d’une appli de prévision de vent produisait souvent des données douteuses, pour ne pas dire fantaisistes. L’OGSL a eu accès au modèle de prévision atmosphérique SHRPD (système à haute résolution de prévision déterministe) d’Environnement Canada qui publie des données selon une grille de 2,5 km. Là encore, je n’ai effectué que quelques vérifications sommaires (et plutôt concluantes) au bout d’un quai, mais les retours des navigateurs sont très importants pour valider la précision du modèle. Une touche au sommet de l’écran de cartographie vous invite d’ailleurs à le faire, ne vous en privez pas, vous travaillerez pour le bien commun.
Une autre fonctionnalité intéressante de Nautilo permet de se constituer un tableau de bord sur mesure à partir de l’onglet Favoris. On peut y répertorier une série de stations pour lesquelles on peut archiver les prévisions de hauteurs d’eau, de météorologie, de courantométrie. Comme mentionné précédemment, il est possible de créer une station virtuelle sur le point géographique de son choix pour y colliger certaines données – mais pas toutes – comme la vélocité et la direction du vent et des courants. Ce tableau de bord personnalisé représente un superbe outil de planification de trajet.
La tablette ou un petit laptop relié à un système de positionnement m’apparaissent comme les meilleurs appareils pour utiliser Nautilo à bord. On peut aussi faire rouler l’appli sur un téléphone doté d’un écran de bonne dimension. A chacun de choisir chaussure à son pied. Dans tous les secteurs où le réseau mobile fonctionne efficacement, Nautilo peut très bien se substituer à un lecteur de carte ou une appli de navigation. Je préfère néanmoins envisager de l’utiliser en parallèle avec un autre système de navigation embarqué, ne serait-ce qu’à cause des éventuels caprices du réseau mobile. L’OGSL précise en outre que les données publiées sur Nautilo « complètent les outils officiels, mais ne doivent pas être utilisées seules pour des décisions liées à la navigation ».
L’OGSL encourage tous les utilisateurs de l’application à lui faire de leur avis et observations. Une touche au sommet de l’écran de l’onglet Carte permet de le faire. La Corporation des pilotes du Bas-Saint-Laurent utilise aussi Nautilo dans le cadre de la formation de ses apprentis-pilotes.


