Georgia et Antonia Lewin-Lafrance

Georgia et Antonia Lewin-Lafrance

Un équipage en pleine possession de ses moyens porteur de solides espoirs de médaille olympique en 49er FX aux Jeux de Los Angeles en 2028

Auteur Michel Sacco.

Les deux sœurs de Chester en Nouvelle-Écosse ont bouclé en 2025 une saison exceptionnelle. Après sept ans sur le circuit des 49er FX, Georgia et Antonia se positionnent désormais parmi les dix meilleurs équipages du monde. Les quatre podiums décrochés l’an dernier en témoignent. Troisièmes aux semaines de Kiel et de Hyères, victorieuses au championnat d’Europe de Thessalonique en Grèce, quatrièmes à la régate olympique de Long Beach en Californie, elles reviennent du championnat du monde de Cagliari en Sardaigne au mois d’octobre avec une médaille de bronze. Aucun équipage canadien en 49er FX n’était encore monté sur le podium. « On ne s’attendait pas à une si bonne saison » avoue candidement l’équipe qui voyait l’année 2025 comme un simple retour aux affaires après la campagne olympique de 2024.

 

Paris 2024, entre consécration et déception

« Nous avons bataillé très dur pour nous qualifier aux Jeux de Paris lors  des championnats du monde en mars 2024 à Lanzarote. En terminant huitièmes, nous étions automatiquement qualifiées pour les Jeux et c’était déjà l’atteinte d’un but ultime. On y a laissé beaucoup d’énergie et nous n’étions clairement pas à notre meilleur en arrivant à Marseille. Notre degré de motivation avait baissé d’un cran et nous n’avons pas non plus pu nous préparer autant que nous l’avions fait aux îles Canaries. Nous n’avons pas beaucoup navigué à Marseille avant les régates et le plan d’eau était vraiment compliqué. Nous avons eu surtout du petit temps dans une chaleur extrême, jusqu’à 35°, ce qui était vraiment épuisant. Le plan d’eau marseillais en plein été est très complexe à déchiffrer. Les conditions très chaudes génèrent des bascules difficiles à anticiper et nous avons eu du mal à adapter nos stratégies de course à des situations aussi erratiques. Nous espérons ne devoir jamais retourner là-bas! » conclut unanimement les deux sœurs en riant.

La rade de Marseille laisse un goût amer à l’équipe. Elles échappent d’un fil la qualification pour la course des médailles et s’en veulent terriblement d’avoir laissé filer beaucoup trop de points. Cette 11e place sonne comme une énorme déception après s’être approché si près du but.

Antonia et Georgia accusent le coup. Les athlètes sortent généralement épuisés d’une campagne de voile olympique infructueuse. La somme d’efforts et de sacrifices consacrés vers un objectif qui s’évapore laisse beaucoup de blessures à soigner. C’est le temps des remises en question et des longues réflexions. Les deux sœurs oublient le 49er pour quelque mois, le temps de répondre à l’omniprésente interrogation : arrêter là le parcours olympique ou remonter à bord pour tenter de décrocher une médaille à Los Angeles.

« L’une comme l’autre, on en est venu à la conclusion qu’on ne voulait pas s’arrêter là » explique Antonia. Lorsque je demande aux deux sœurs quels sont les éléments de progression depuis 2024, la réponse est immédiate. « Nous avons pris de la maturité. Nous avons rejoué le film des compétitions passées pour déterminer ce que nous aurions pu faire de mieux, dresser le bilan des erreurs commises. On s’est aussi dit que l’objectif de la campagne pour Paris était une qualification; celle qui débute sera pour une médaille, pour nous et pour le Canada. Nous avons le sentiment d’avoir grandi. De toute façon, arrivé à un certain niveau sportif, c’est juste l’attitude mentale qui va faire la différence » concluent Antonia et Georgia.

Georgia tient la barre et fait les choix tactiques, Antonia aux écoutes est responsable de la vitesse. Au près, c’est l’équipière qui règle continuellement l’écoute de grand-voile. Quatorze mètres carrés dont dépendent toute la puissance du bateau; c’est le côté très physique du skiff.

Respectivement âgées de 26 et 28 ans, Georgia et Antonia constituent un équipage parvenu à maturité, performant dans toutes les conditions de navigation. Elles sont entrées dans la zone payante où la récolte de médaille est objectivement une possibilité.

Elles se sont lancées en 49er FX sans expérience préliminaire de la série en 2018. Un long cheminement. Ce skiff surpuissant capable de planer à plus de 20 nœuds est loin d’être facile à contrôler et à garder à plat dans la brise. Initialement, l’équipe était trop légère pour maîtriser la bête. Les deux sœurs savent qu’elles doivent encore prendre du poids pour marcher plus fort dans la brise. Une situation courante pour les équipages féminins de la catégorie.

Lorsque je pose la question des critères de vitesse en 49er, Georgia évoque principalement les réglages de tension du gréement pour adapter les profils de la grand-voile aux conditions de navigation. « C’est un bateau très technique, les réglages de la combinaison mât/voile sont extrêmement importants. Il faut harmoniser parfaitement la tension du gréement aux volumes recherchés dans la grand-voile. Nous avons six grand-voiles et trois mâts différents pour trouver la bonne recette en fonction des conditions sur le plan d’eau. On choisit un seul gréement que l’on conserve durant toute l’épreuve, sans possibilité d’en changer » explique Georgia.

La préparation olympique passe obligatoirement par de nombreuses journées de navigation pour conserver les aptitudes au meilleur niveau. Dans la mesure où le contrôle de ses émotions et l’attitude mentale sont des outils de premier ordre, la préparation psychologique des athlètes constitue un enjeu crucial. Georgia et Antonia travaillent régulièrement avec deux professionnelles de la psychologie sportive. Elles ont baptisé l’une d’entre-elles basée à Montréal leur social mother managing counsellor.

Une campagne de voile olympique nécessite un financement substantiel, d’autant plus qu’il est tout à fait inenvisageable d’exercer une profession. Et malheureusement, le Canada est le parent pauvre du sport olympique au chapitre du soutien financier. Un sujet récurrent qui tourne en boucle pour la majeure partie des athlètes canadiens, toutes catégories confondues. Les régatiers ont en plus le malheur d’avoir choisi un sport qui coûte cher. Une équipe olympique doit disposer de deux embarcations, une en Amérique et l’autre en Europe. À 30 000 $ US l’unité pour un 49er, sans compter le budget voile/gréement et les frais déplacements, la facture totale a de quoi vous empêcher de dormir la nuit.

Voile Canada couvre environ la moitié des besoins des athlètes qui doivent, après avoir couru les plans d’eau, se mettre à courir après les commanditaires. Pas de campagne olympique donc sans plan d’affaires et une bonne aptitude aux relations publiques. Une charge que les athlètes d’autres nations bien mieux pourvues n’ont pas à supporter, ce qui leur permet de se consacrer entièrement à la pratique sportive.

Antonia et Georgia ont réussi à décrocher un partenariat à long terme avec Eastlink, une firme de communication mobile qui va les accompagner tout au long de leur campagne. Les deux sœurs consacrent environ 30% de leur temps aux activités de promotion et relation publique. Il faut savoir conjuguer plusieurs talents au Canada dans la course aux médailles.

On sent une bonne dose d’assurance et de détermination dans le ton de nos échanges. La progression de ce duo familial a été constante. La saison 2026 débutera le 30 mars prochain à Palma de Majorque à l’occasion du Trophée de la Princesse Sofia. Le championnat du monde suivra le 12 mai à Quiberon. Tous les mordus de voile olympique auront les yeux fixés sur Georgia et Antonia qui portent tous nos espoirs.

 

4- Équilibre Le 49er réclame une parfaite coordination et une intense réactivité pour conserver un bon équilibre en navigation. Photo Sailing Energy
5- Champagne Une médaille de bronze qui a un bon goût de champagne aux championnats du monde de Cagliari en octobre dernier. Photo Sailing Energy
Cagliari sous spi Le 49er est tout un engin à maîtriser avec plus de 40 m2 de toile au portant. Photo Sailing Energy
2- Au rappel sous spi Georgia et Antonia en action à Cagliari en octobre 2025. Photo Sailing Energy
3- Marseille au rappel L’équipage en rade de Marseille lors des Jeux 2024. Le skiff doit en permanence naviguer à plat. Photo World Sailing
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